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# Posté le vendredi 16 janvier 2009 11:28

MO DUECÂ CHETALIENA

MO DUECÂ CHETALIENA
Tant de mal a été fait en ce lieu, qu'on doute même que le temps puisse arranger les choses.

# Posté le vendredi 16 mars 2007 18:03

Modifié le vendredi 16 janvier 2009 11:32

PREMIÈRE PARTIE . LE COMMENCEMENT DU MYSTÈRE

PREMIÈRE PARTIE . LE COMMENCEMENT DU MYSTÈRE

# Posté le mardi 20 mars 2007 17:17

Modifié le samedi 10 janvier 2009 00:46

CHAPITRE UN . LES INCONNUS

CHAPITRE UN . LES INCONNUS
Elle regardait autour d'elle. La brume épaisse l'empêchait de voir les champs d'herbes hautes qu'elle connaissait bien. Peu à peu, la brume se dissipa. Maintenant, elle la voyait. Cette douce et bonne terre. Elle pouvait déjà sentir cette atmosphère du début d'été. Elle avait déjà beaucoup voyagé mais jamais elle ne s'était sentie aussi bien qu'ici. Elle se sentait chez elle. C'était une fille de la ville. Elle n'était pas habituée à ce mélange d'humidité et de vent chaud sur son visage. Mais cette nouvelle maison d'été lui plaisait bien.

Si seulement son père était là pour voir ça. Étrangement, elle percevait mieux sa présence ici que nulle part ailleurs. Son père était là. Il était dans les fleurs, dans l'herbe, dans les arbres, dans le soleil... Il était là, dans cette maison. Ce vieux manoir déserté depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle avait du mal à imaginer. C'était à eux maintenant. Le domaine Mo Duecâ Chetaliena était à eux.

Un rire la tira de ses rêveries. Était-ce ça soeur qui commençait déjà à s'énerver ? Une charmante demoiselle vêtue d'une robe blanche, se faufilait entre les hautes herbes, les petites crevasses et les grosses pierres. Mais qui était-elle ? Qu'est-ce qu'elle venait faire sur leur propriété ?

- Eh ! Toi, là-bas !

Elle n'avait pas l'air de l'avoir entendu. Elle n'avait pas plus de quatorze ans. Sa robe était le qualificatif parfait d'une demoiselle de bonne famille. D'une enfant affublée d'un avenir respectable, mais ses traits rieurs, son sourire charmeur, ses yeux d'or et ses cheveux bruns lui donnaient un air innocent, doux et pur. Une madone.

Elle n'était pas seule. Un jeune homme la suivait. Son visage était aussi beau qu'un roi. Ses cheveux bouclés le rajeunissaient mais on voyait bien, à sa barbe naissante, qu'il était presque adulte. Ses vêtements étaient modestes, déchirer ici et là, sans être sales. Il était pauvre, mais il ne s'en souciait guère car il était fort. Il donnait l'impression d'un être de courage et de passion.

La jeune fille trébucha et s'affala sur le sol, qui avait perdu toutes traces de la rosée du matin. Les rires avaient cessé. Le sourire sur le visage du jeune homme avait disparu. Il la rejoignit et s'empressa de la retourner. Son coeur battait à tout rompre. Le sourire aux lèvres vierges de la jeune fille, le rassura. Il s'allongea près d'elle et tout deux regardèrent le ciel.

Ils y restèrent longtemps sans dire un mot. Une minute passa, sans qu'ils ne se touchent. Le garçon tenta sa chance pour lui prendre la main, mais il se ravisa aussitôt. Ce fut elle qui, défiant son rang et son devoir, se redressa et lui embrassa la joue. Elle se leva alors promptement et défroissa sa robe.

- Il faut que je rentre au domaine. Père doit m'attendre.
- Bien sûr, Mo Duecâ.
- S'il vous plaît, ne m'appelez pas comme ça.

Le jeune homme resta allonger en la regardant partir. Sa robe n'était plus tout à fait blanche, car l'herbe avait eu le temps de faire ses ravages. Après que la fille ne fut plus en vue, l'adolescent se releva. Il partit, d'abord lentement et en silence, dans une autre direction. Puis, il mit sa casquette sur sa tête et se mit à chanter.

Voelatto, man imeo,
Man imei so jilei,
Voelatte, je t'in prea
N'iea pes puer da li vei
Al fuet perdra lê tete
Ot senge qua l'omuer
Ost cemme cis voelettis
El sa fenu en bauo juir.

L'omuer ust on buuqeet di voelettas,
L'omuer ust plos duex qee ces fluerettas

Il était amoureux et il savait, maintenant, que sa gentille voisine l'aimait aussi. Celle qui les regardaient, incrédule, la fille de la nouvelle propriétaire de MO DUECÂ, regarda derrière elle, mais la jeune fille à la robe blanche avait disparu, dans le brouillard, comme elle était venue. Il en était de même pour son jeune amant, celui qui chantait L'omuer ust on buuqeet di voelettas.

# Posté le mardi 20 mars 2007 21:56

Modifié le vendredi 09 janvier 2009 22:56

CHAPITRE DEUX . DEUX SOEURS

CHAPITRE DEUX . DEUX SOEURS
Mais où étaient-ils donc passés ? Qui étaient-ils donc ? Cela faisait bien cinq longues minutes que Catherine était restée sans bouger. Debout, là, dans le brouillard, où de multiples questions se bousculaient dans sa tête. Des mots, des phrases, sans buts apparents. Pour elle, le temps s'était arrêté.

- Catherine.

La présence de sa soeur ne la troubla pas. Elle ne pensait qu'à ces doux amants. Ils étaient étranges. Comme sourds et aveugles. Ils ne l'avaient ni vue, ni entendue. Tout, dans cet endroit, était étrange. Que s'était-il passé, ici, il y a si longtemps. Quelque chose d'assez fort pour laisser sa marque. Comme une cicatrice.

- Catherine Carrier-Lepage !

Comme une cicatrice qui n'avait jamais vraiment guéri. Une plaie toujours ouverte, qui brûlait encore, même après plus d'un demi-siècle de répit.

- Catherine ! Qu'est-ce que tu fais ?
- Tu as vue ? Il est venu pour me voir.

Catherine n'avait pas cillé. Son regard était resté fixé sur le petit bois, où elle avait vu le jeune homme pour la dernière fois avant qu'il ne disparaisse.

- Qui ça ? Qu'est-ce qui te prend ? Ce n'est pas le moment. Maman a besoin de nous à l'intérieur.

Elle lui prit le bras comme pour la ramener à la maison, mais tout ce qu'elle réussit à faire ce fut de la ramener à la réalité. Qu'est-ce qui venait de lui arriver ? Elle avait mal à la tête. Elle avait perdu la raison. Elle avait changé, en un instant. Une force, en elle, avait remplacé le vide étouffant. Elle s'appuya sur Juliette, sa soeur. Elle n'avait jamais connu cela. Cette vitalité qui l'écrasait complètement, jusqu'à la rendre folle, obnubilée, envoûtée.

- Viens, Cathou, on rentre.

Elles partirent en direction du manoir, Catherine un bras sur l'épaule de sa soeur, Juliette le sien autour de sa taille. Elle n'avait pas rechigné parce qu'elle s'inquiétait pour elle. Juliette trouvait sa soeur bien étrange. Elle n'avait jamais été forte, comme elle, mais elle s'efforçait toujours de cacher sa vulnérabilité. Elle n'allait pas bien du tout pour se résoudre à s'abandonner aux bras de sa soeur.

Juliette n'était pas ce qu'on pouvait appeler une fille d'émotion. Elle avait quatorze ans et elle était aussi fougueuse et vivante qu'un troupeau entier de chevaux sauvages impossible à dompter. Elle aimait rire, s'amuser avec ses amis et s'en faire des nouveaux. Les soirées de filles se n'était pas son truc. Elle préférait aller passer une heure dans un centre sportif. C'est comme ça qu'elle s'égayait.

Catherine était tout aussi athlétique qu'elle, mais son univers était plus nuancé. Elle se cherchait si on peut dire. Elle aimait danser et dessiner, bien qu'elle ne soit pas très douée. Elle passait le plus clair de son temps à la réfléchir à ce qu'elle voulait faire. À seize ans, elle ne savait pas où elle allait. Quand elle retournerait à l'école, l'an prochain, elle devra faire son choix, mais elle trouvait cela trop tôt. Elle aurait voulu que son père soit là.

- Jules, tu penses à papa parfois ?

Juliette resta sans voix. Elles n'avaient jamais parlé de lui ensemble. Même lorsque elles y étaient forcées par leur mère, mais même pour elle, c'était toujours difficile.

- Tout le temps, répondit-elle.

# Posté le mardi 20 mars 2007 21:58

Modifié le vendredi 09 janvier 2009 22:55